Les candidatures partent. Il ne revient rien, ou des refus polis qui n'expliquent rien. Parfois un premier entretien qui se passe bien, puis plus de nouvelles. Au bout de quelques mois, une conclusion s'impose d'elle même, et vous avez cessé de la combattre : vous êtes décalé. Trop cher, trop vieux, plus tout à fait dans le coup.
Personne ne vous a dit cela. C'est vous qui l'avez déduit, faute d'autre explication disponible. Et c'est précisément ce qui rend cette idée si difficile à déloger : elle est la seule qui rende compte du silence.
Oui, l'âge joue
Commençons par ce qui est vrai, parce que vous le savez déjà et qu'il serait illusoire de prétendre le contraire. Un dossier de candidat de cinquante cinq ans ne reçoit pas le même traitement qu'un dossier de quarante ans. Le calcul se fait vite et il se fait rarement à voix haute : plus cher, moins malléable, difficile à placer sous un directeur plus jeune, et une durée devant lui qui paraît courte à celui qui recrute.
Ce n'est pas une impression, et ce n'est pas de la paranoïa. Il n'y a aucun intérêt à vous raconter que le marché serait aveugle à l'âge. Il ne l'est pas, et il n'y a pas de raison qu'il le devienne dans un délai qui vous concerne.
Mais il ne joue pas partout dans le même sens
Prenez maintenant la même personne, le même parcours, la même année de naissance. Une entreprise a un problème sérieux, coûteux, un peu enlisé. Elle cherche quelqu'un d'extérieur pour l'éclairer. Est-ce qu'elle préfère quelqu'un de trente ans, ou quelqu'un qui a déjà vu la situation trois fois ?
La question ne se pose même pas. Personne ne veut d'un Spécialiste jeune pour un problème grave. On veut quelqu'un qui a de la bouteille, qui a connu des cas comparables, qui ne s'affolera pas et qui saura dire ce que personne n'ose dire. À cet endroit là, chaque année compte à votre crédit.
Un candidat de cinquante cinq ans inquiète. Un Spécialiste de cinquante cinq ans rassure. C'est pourtant la même personne.
Le retournementPourquoi le même âge produit deux effets opposés
Parce qu'on n'achète pas la même chose dans les deux cas. Un employeur qui recrute achète du potentiel et de la durée : quelqu'un qui va s'intégrer, monter en puissance, rester quelques années. Sur ce terrain, l'âge est un passif, mécaniquement, sans qu'il y ait besoin de mauvaise intention.
Un client qui fait appel à un Spécialiste achète autre chose : du discernement, tout de suite, et la capacité à faire bouger une situation. Il ne se demande pas combien de temps vous resterez, il se demande si vous avez déjà vu ça. Sur ce terrain, l'âge est un actif, et il n'y a rien qui puisse le remplacer. On ne fabrique pas de l'expérience en accéléré.
Il y a un deuxième mécanisme, plus discret. Un parcours de vingt cinq ans, présenté comme un parcours, est un inventaire : plusieurs directions, plusieurs secteurs, des équipes, des budgets. Celui qui le lit doit en tirer une catégorie, et il n'y arrive pas. Trop large pour un poste précis, pas assez évident pour un poste large. Il ne vous rejette pas, il n'arrive pas à vous ranger, et il passe au dossier suivant. Le silence que vous recevez n'est souvent pas un jugement défavorable. C'est un classement impossible. Ce tri se fait d'ailleurs de plus en plus par des systèmes automatiques, ce qui ne fait qu'accentuer le phénomène : un profil qui ne rentre dans aucune case ne ressort d'aucune requête.
Le décalage est réel, mais il n'est pas là où vous le croyez
Vous n'êtes pas décalé par rapport au marché du travail. Vous êtes décalé par rapport au marché de l'emploi salarié, qui achète des profils tenus par une fiche de poste. Ce que vous savez faire ne tient pas dans une fiche de poste. C'est exactement ce qui vous rend illisible à cet endroit, et précieux ailleurs.
Et il y a un second décalage, celui là intérieur, qui explique le reste. Vous postulez à cinquante cinq ans de la même manière qu'à quarante. Les mêmes gestes, le même dossier, la même façon de vous présenter, alors que ce que vous êtes devenu entretemps ne s'achète plus du tout de la même façon. Le décalage n'est pas entre vous et le marché. Il est entre votre âge et votre méthode.
C'est une bonne nouvelle, même si elle ne le paraît pas immédiatement. Un décalage avec le marché ne se corrige pas, on ne rajeunit pas. Un décalage entre ce que vous êtes et la manière dont vous vous présentez, si.
Ce qu'il y a à changer
Rien de ce que vous avez fait. Votre parcours ne bouge pas d'une ligne, vos vingt cinq ans restent vos vingt cinq ans. Ce qui change, c'est ce que vous mettez en vente. Un parcours ne s'achète pas, il se compare. Une réponse à un problème, si.
Cela demande de cesser de raconter d'où vous venez, pour dire ce que vous résolvez, pour qui, et dans quel contexte. C'est un basculement moins évident qu'il n'y paraît, parce que tout, dans vingt cinq ans de salariat, vous a entraîné à faire l'inverse. C'est précisément l'objet de la méthode du Spécialiste.